Hiroko Sasaki, pianiste de renommée internationale qui pratique la technique de Méditation Transcendantale (MT), est reconnue pour ses interprétations qui se distinguent par une profondeur expressive, une grande sensibilité musicale et une maîtrise technique remarquable.
Née au Japon, elle s’est produite en tant que soliste avec des orchestres prestigieux et a donné des récitals à travers l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie, captivant à chaque fois son public.
Parallèlement à sa carrière de concertiste, Hiroko Sasaki est une pédagogue qui a inspiré de nombreux jeunes musiciens grâce à son enseignement et à son mentorat.
Dans cet entretien, mené par Janet Hoffman de Transcendental Meditation for Women aux États-Unis, elle explique comment le développement d’un silence intérieur, grâce à la pratique de la Méditation Transcendantale®, a influencé ses interprétations, son expérience et son amour de la musique.
Question de Janet Hoffman : Hiroko, quel plaisir de pouvoir échanger avec vous ! Pour commencer, pourriez-vous nous raconter comment vous avez découvert la technique de Méditation Transcendantale ?
Hiroko Sasaki : Je ne savais absolument rien de la MT. J’ignorais qui était Maharishi, quel était son lien avec les Beatles… rien du tout ! En revanche, je suis une grande admiratrice de David Lynch.
Un week-end, j’ai décidé de me faire un marathon David Lynch sur Netflix — c’était bien avant que j’aie des enfants, à une époque où j’avais encore le temps pour ce genre de choses ! J’ai regardé tous ses films disponibles sur la plateforme et, une fois la liste épuisée, il restait un documentaire. Il y était question de Lynch, de la MT et du programme qu’il avait mis en place dans une école publique. La façon dont David Lynch parlait de son expérience de la MT m’a tout simplement époustouflée. J’ai aussi découvert les résultats scientifiques associés, notamment les effets bénéfiques de la MT sur le développement des enfants.
Après avoir vu ce documentaire, je me suis dit : « Eh bien, si c’est assez bien pour David Lynch, alors ça l’est aussi pour moi ! »
J’ai donc fait quelques recherches sur Google et j’ai immédiatement appelé le centre de Méditation Transcendantale de New York. Là, on m’a annoncé que l’apprentissage de la technique coûtait 1 500 dollars. J’ai aussitôt raccroché ! Je me suis demandé : « C’est quoi cette histoire ? C’est une arnaque ? »
Mais impossible d’oublier ce que David Lynch avait dit au sujet de la MT. J’ai donc rappelé, et ils m’ont expliqué : « Écoutez, il s’agit d’une organisation à but non lucratif. Nous proposons une séance d’introduction gratuite. Pourquoi ne viendriez-vous pas y assister pour voir de quoi il s’agit ? »
C’est ce que j’ai fait, et ce que j’ai découvert sur la Méditation Transcendantale m’a tellement convaincue que je me suis inscrite immédiatement pour apprendre la technique. C’est ainsi qu’a débuté mon parcours avec la MT.
Lorsque j’ai appris la MT — c’était en 2013 —, je me souviens m’être dit : « Attends, ce n’est pas possible que ce soit aussi simple. » Mais en sortant du centre de MT pour rejoindre les rues de New York, j’ai pris conscience de l’intensité du bruit ambiant, comme si je le remarquais pour la toute première fois, alors que j’y vivais pourtant depuis plus de dix ans. C’était comme si la méditation que je venais d’apprendre m’avait plongée dans un état de silence, sans même que je m’en rende compte.
Au cours des mois qui ont suivi, chaque fois que je méditais, j’avais l’impression que mon cerveau libérait toutes sortes de substances chimiques liées au bonheur.
D’ailleurs, j’étais presque frustrée qu’il ne soit possible de pratiquer la MT que deux fois par jour ! Je savais que, tout comme David Lynch, je ne sauterais jamais une séance pour le restant de mes jours.
Peu après, je suis tombée enceinte de mon premier enfant ; mon fils est né en juin 2014. Durant mon premier trimestre de grossesse, j’ai même participé à une retraite réservée aux personnes ayant appris la MT — ce qui a nécessité cinq heures de train. Mais c’est là une particularité propre aux femmes : nous traversons des changements biologiques que les hommes ne connaissent pas. Cela complique bien des choses, y compris, malheureusement, la pratique quotidienne de la méditation.
Janet Hoffman : Y a-t-il eu des bienfaits qui ont fait de cette pratique une composante essentielle de votre vie ? Vous avez évoqué vos premières expériences — ce sentiment de bonheur qui vous envahissait et cette envie de méditer en permanence. Y a-t-il eu d’autres bénéfices, suffisamment concrets pour que vous puissiez les identifier précisément ?
Hiroko Sasaki : Oui ! Je me souviens qu’environ trois semaines après avoir commencé à méditer, mon mari et moi avons cessé de nous disputer. Vraiment, plus du tout ! C’était assez stupéfiant, car notre relation a toujours été très instable et riche en émotions. Cela dit, c’est la seule fois où les choses se sont passées ainsi, et cela n’a duré qu’un temps, haha !
Ce que je pourrais dire, c’est que, pour ma part — et je pense que c’est le cas pour beaucoup d’artistes —, j’ai besoin d’un silence intérieur. Il nous faut trouver cet espace en nous-mêmes, car c’est dans ce silence que tout commence, que les choses prennent vie. Quand je joue bien, je sens que j’ai du recul et que ma perception sensorielle s’élargit. Je reste moi-même, pleinement investie dans ce que je fais, mais, en même temps, je perçois tout : la nature de l’espace physique qui m’entoure, la distance et la conscience de ma propre position dans cet espace, mais aussi au-delà, vers l’extérieur, et, d’une certaine manière, vers l’immensité.
Quand je ne joue pas bien, je me sens complètement repliée sur moi-même. Vous savez, je ne me rends même pas compte que je ne perçois plus ce qui m’entoure ; je suis comme totalement enfermée dans mon propre corps. Et je fais des efforts considérables. Rien ne semble facile. Il m’arrive de traverser des périodes comme celle-ci. Et quand je suis dans cet état — on pourrait dire que je suis « bloquée » ou dans une mauvaise passe — je dis toujours à mon mari : « Je ne peux pas jouer du piano en ce moment, parce que je ne suis pas en lien avec Dieu ! » Il a entendu cette phrase un nombre incalculable de fois au fil des années !
Janet Hoffman : C’est une très belle explication. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Hiroko Sasaki : Il m’est arrivé de vivre ce qu’on appelle « être dans la zone ». La toute première fois, c’était avant que je ne commence la Méditation Transcendantale (MT). J’avais 17 ans et je devais donner un concert important, en tant que soliste avec le Philharmonia Orchestra, à la cathédrale Saint-Paul de Londres. J’avais énormément travaillé pour cet événement. Mais, le jour même, j’ai eu une dispute terrible avec mon professeur de piano (pour une raison qui n’avait rien à voir avec la musique, d’ailleurs !). C’était très dramatique, j’ai pleuré. Je me suis dit : « Oh, et puis zut, quelle importance, ce concert ! » — peut-être que ce sentiment m’a, d’une certaine manière, libérée.
En montant sur scène ce soir-là, alors que je commençais à jouer, j’ai fait l’expérience de ce que signifie « être dans la zone ». Je n’oublierai jamais cette sensation : c’était comme si quelqu’un d’autre jouait à ma place — comme si je ne faisais rien. Je veux dire, j’étais pleinement présente et je ressentais toute l’effervescence de la prestation, mais sans aucun effort de ma part. Pourtant, j’avais répété cette œuvre — un concerto pour piano de Mozart — encore et encore, pendant des mois, à raison de nombreuses heures par jour. Et pourtant, c’était comme si j’entendais cette musique pour la toute première fois de ma vie. Alors que je jouais, la musique se déployait littéralement devant moi, et je ne pouvais qu’admirer sa beauté. « Oh mon Dieu, quelle musique magnifique !! » — c’est ce dont je me souviens avoir ressenti sur scène.
J’avais le sentiment d’être, à la fois, celle qui joue et celle qui observe. J’ai été profondément touchée par la beauté de la musique, et je savais que le public l’était tout autant. Car ce que je ressentais était réel et sincère. Et cela venait du plus profond de moi-même.
Évidemment, ce genre d’expérience est rare. Mais cet espace de silence que j’atteins souvent lors de mes méditations, je sais qu’il s’agit du même état que celui dans lequel je me trouve lorsque je suis totalement absorbée par mon jeu.
Grâce à ma pratique quotidienne de la Méditation Transcendantale, je sens que cette part de moi se développe de plus en plus. Ces dernières années, j’ai le sentiment qu’elle m’est accessible à tout moment, et non plus par pur hasard ; il m’est devenu plus facile d’accéder à ce silence et à cette perspective, en particulier lorsque je suis sur scène. Plus généralement, je trouve qu’il existe des similitudes entre jouer de la musique et méditer.
Une fois, juste après mon retour d’une retraite de MT, j’ai assisté à un concert où un pianiste merveilleux interprétait des sonates de Beethoven ; rien qu’en écoutant la musique, j’ai commencé à entrer dans un état de transcendance.
Janet Hoffman : Oui, d’autres artistes décrivent des moments où la musique semble se jouer toute seule. L’éveil de la conscience, favorisé par la MT, a sans doute influencé votre capacité à accéder à ces états de performance fluides et sans effort.
Hiroko Sasaki : Oui. D’ailleurs, quand je regarde des vidéos de mes récentes prestations, je remarque à quel point mon corps reste immobile. Je ne bouge pratiquement pas. C’est comme s’il existait un centre en moi ; comme je suis à l’écoute de ce qui émerge du silence, j’ai besoin de cette immobilité. Ce n’est pas quelque chose que je cherche à faire volontairement ; cela se produit tout simplement. C’est assez nouveau pour moi — disons, depuis quelques années. Et je ne me précipite plus du tout.
En tant que musiciens, nous pouvons prendre toutes sortes d’habitudes, ou adopter certains comportements lorsque nous sommes nerveux ou physiquement tendus. L’un des signes les plus révélateurs, c’est la tendance à précipiter les choses : le tempo peut, bien malgré nous, s’accélérer.
Aujourd’hui, je ne me précipite plus. En fait, je ne ressens presque plus de nervosité. Je sais que si je parviens à réagir à la musique telle qu’elle est, alors il n’y a rien d’autre à faire. Alors, je profite simplement du moment. J’ai fait tout ce que je pouvais, alors autant lâcher prise et laisser faire les choses — ou quelque chose comme ça, haha ! Il suffit de se laisser porter !
Janet Hoffman : C’est vraiment magnifique. Et qu’en est-il des bienfaits plus courants de la méditation transcendantale (MT), comme la réduction du stress ?
Hiroko Sasaki : Eh bien, de manière générale, cela réduit le stress et m’apporte du calme. Encore une fois, j’ai le sentiment que la MT m’aide à prendre du recul. Elle m’offre un certain espace avant de réagir. Je me sens plus objective. Je me sens aussi plus naturellement moi-même ; c’est une sensation agréable, d’être bien dans sa peau, d’être simplement soi-même. C’est toutefois plus facile avec la musique que dans la vie de tous les jours !
Janet Hoffman : Si vous pouviez vous adresser à la personne que vous étiez au début de ta carrière musicale, que lui diriez-vous ?
Hiroko Sasaki : Peut-être simplement l’importance de tisser des liens avec les autres et de cultiver ces connexions. Je réalise de plus en plus à quel point j’apprécie les amis qui m’entourent. À quel point c’est précieux d’être entourée de personnes avec qui l’on peut créer un lien, et qui vous aiment pour ce que vous êtes. Je me sens très privilégiée à cet égard ; c’est, honnêtement, la chose la plus importante dans la vie. Je suis également reconnaissante d’avoir rencontré, grâce à la MT, tant de personnes formidables qui suivent un chemin similaire — en quête de quelque chose qui nous dépasse, dans la vie.
Janet Hoffman : Que diriez-vous à une jeune femme qui aspire à faire carrière en tant que pianiste — ou, plus généralement, à n’importe quel musicien ? Auriez-vous un conseil ou une réflexion à leur transmettre ?
Hiroko Sasati : Je pense qu’être une femme comporte des défis particuliers, notamment parce que l’on est confrontée au choix de devenir mère. C’est, à mon sens, la différence majeure entre les femmes et les hommes : les femmes disposent, en quelque sorte, de trois options. Une femme peut choisir de mettre sa carrière de côté pour devenir mère, décider de ne pas avoir d’enfant pour se consacrer pleinement à sa carrière, ou encore tenter de concilier les deux. (Il existe sans doute une quatrième voie, celle de ne pas faire de choix tranché…) Quoi qu’il en soit, il n’existe pas de « formule gagnante ». C’est une situation complexe. Pour ma part, je trouve extrêmement difficile de mener les deux de front, car chacune de ces facettes exige une attention totale. J’ai tendance à m’investir entièrement dans l’un ou l’autre rôle, et trouver un équilibre semble presque impossible.
Cependant, une chose est sûre : il est essentiel de rester fidèle à soi-même et de prendre soin de soi ; sans quoi, on risque de sombrer. La pratique quotidienne de la Méditation Transcendantale est ma façon de prendre soin de moi. Même si le temps manque cruellement, je m’efforce de dégager des moments pour participer à des retraites de MT. Mon mari me soutient dans cette démarche, car il constate les bienfaits que j’en retire, ce que j’apprécie beaucoup. Il faudrait maintenant que j’arrive à le convaincre de s’y mettre lui aussi !
Sources : Transcendental Meditation for Women – 26 août 2026



